Kisangani, 14 novembre 2025 — La liberté académique en République démocratique du Congo a été vigoureusement défendue ce vendredi au dialogue continental d’Accra, au Ghana, par le professeur Jean-Denis Likwandjandja. Dans une correspondance reçue à Kisangani, l’enseignant a dénoncé les multiples interférences politiques, religieuses et institutionnelles qui, selon lui, étouffent l’autonomie universitaire au pays.
Le secrétaire national adjoint du Réseau des associations des professeurs des universités et instituts supérieurs du Congo (RAPUICO) a affirmé que la RDC est venue porter « une défense claire et sans détour » de la liberté académique.
« La véritable liberté académique exige une université affranchie de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique. Aucun développement n’est possible lorsque la production du savoir est contrôlée ou censurée par l’État », a-t-il déclaré.
Plusieurs entraves identifiées
Le professeur Likwandjandja a énuméré une série de facteurs qui fragilisent cette liberté au sein des institutions d’enseignement supérieur en RDC. Parmi eux :
– l’autocensure syndicale,
– le déni de l’autonomie professionnelle,
– la précarité salariale,
– le pharisaïsme syndical,
– la faiblesse éthique,
– l’ingérence de certaines autorités religieuses,
– l’emprise capitalistique dans plusieurs établissements privés.
« L’université congolaise est prise en étau entre pressions politiques, manipulations religieuses et logiques marchandes », a-t-il résumé.
Une évolution historique marquée par quatre périodes
Représentant la RDC à cette rencontre organisée du 12 au 14 novembre par Africa Coalition for Academic Freedom (ACAF), il a retracé quatre grandes étapes de l’évolution de la liberté académique dans le pays :
1. 1954-1970 : période d’implantation universitaire ;
2. 1970-1980 : politisation accrue du secteur ;
3. 1980-1990 : réformes introduites sous influence politique ;
4. 1990 à nos jours : tournant démocratique amorcé mais resté inachevé.
Il a souligné qu’en dépit de quelques dispositions présentes dans divers textes légaux, aucune loi spécifique ne garantit pleinement cette liberté en RDC.
Un plaidoyer pour une réforme urgente
Le professeur a également rappelé les instruments juridiques nationaux et internationaux pouvant servir de fondement à une protection plus robuste : la Constitution révisée, la loi-cadre de l’enseignement national, la loi portant statut du personnel académique, le Vade-mecum du gestionnaire de l’ESU, ainsi que les conventions de l’UNESCO et le PIDCP.
Il a plaidé pour l’adoption rapide d’une loi spécifique sur la liberté académique et pour la mise en place d’un ordre national — voire africain — des professeurs.
« Seule une gouvernance universitaire responsable, indépendante et protégée pourra garantir durablement un espace académique libre en RDC », a-t-il conclu.
La Rédaction

