L’Université de Kisangani a été le théâtre d’un moment académique majeur avec la défense publique du mémoire de spécialisation de CT Véronique Mokoto, en vue de l’obtention du Diplôme d’Études Approfondies (DEA) en Santé Publique, au sein de la Faculté de Médecine et de Pharmacie.
Son travail, consacré à la problématique du syndrome métabolique chez les adolescents en milieu scolaire à Kisangani, met en lumière une menace sanitaire longtemps ignorée.
Considéré aujourd’hui comme un défi émergent de santé publique, le syndrome métabolique symbolise la transition épidémiologique que traverse la République Démocratique du Congo.
Alors que la lutte était historiquement centrée sur les maladies infectieuses, les maladies non transmissibles gagnent désormais du terrain, affectant de plus en plus des populations jeunes.
Le syndrome métabolique n’est pas une pathologie isolée, mais un ensemble d’anomalies cliniques et biologiques associant obésité abdominale, hypertension artérielle, troubles lipidiques et hyperglycémie, exposant précocement au diabète de type 2 et aux maladies cardiovasculaires.
Dans son analyse, la chercheuse souligne un vide scientifique préoccupant : en RDC, et particulièrement à Kisangani, les données disponibles sur le syndrome métabolique concernent presque exclusivement les adultes.
Les adolescents, pourtant à un âge charnière où se construisent les habitudes de vie, restent largement exclus des politiques de dépistage et de prévention. Une situation qui fait du syndrome métabolique une véritable maladie orpheline, non pas par sa rareté, mais par sa négligence institutionnelle.
Face à ce constat, l’étude s’est donné pour objectif de déterminer la prévalence du syndrome métabolique chez les adolescents âgés de 11 à 18 ans en milieu scolaire à Kisangani, ainsi que les facteurs sociodémographiques et comportementaux associés. La population cible a porté sur 1 416 élèves issus des écoles secondaires de la ville.
Les résultats sont alarmants. Sur l’ensemble de l’échantillon, 175 élèves, soit 12 %, présentaient une obésité. Plus préoccupant encore, l’analyse statistique révèle que l’obésité multiplie par 31,2 le risque de développer un syndrome métabolique. Chez ces adolescents obèses, la prévalence du syndrome métabolique atteint 27 %, traduisant une exposition extrêmement élevée aux risques cardio-métaboliques précoces.
L’étude identifie clairement la sédentarité, la surcharge pondérale et les habitudes alimentaires hypercaloriques comme principaux facteurs modifiables. Ces conclusions rejoignent les recommandations internationales, notamment celles de l’Académie Américaine de Pédiatrie, qui plaident pour des interventions précoces afin de prévenir l’installation durable des maladies chroniques.
Dirigé par le Professeur Ordinaire Jorys Losimba Likwela en qualité de promoteur et le Professeur Émérite Charles Kayembe Tshilumba comme co-promoteur, ce travail apporte une contribution scientifique majeure à la santé publique locale. Il sonne comme un signal d’alarme : attendre l’âge adulte pour diagnostiquer le syndrome métabolique revient souvent à intervenir trop tard, lorsque les complications sont déjà irréversibles.
À travers cette recherche, CT Véronique Mokoto, assortie d'une grande distinction, appelle à une prise de conscience collective et à l’intégration urgente des adolescents dans les stratégies nationales de prévention. Une démarche salutaire, qui rappelle que la santé de demain se construit dès aujourd’hui, sur les bancs de l’école.
La Rédaction

