Les Chutes Wagenia, situées à Kisangani, demeurent l’un des sites touristiques les plus emblématiques de la République démocratique du Congo.
Célèbres pour leur technique traditionnelle de pêche à l’aide de nasses pratiquée par le peuple Enya, ces chutes – également appelées « chutes et pêcheries Wagenia » – font aujourd’hui face à une diminution préoccupante des ressources halieutiques.
Selon Alexis Kikuni, chef de bureau des ressources touristiques à la Division provinciale du tourisme, la raréfaction des poissons est un constat bien réel.
« Ici, en tourisme, nous appelons ce site chutes et pêcheries Wagenia.
La raréfaction des poissons est un constat réel, mais le peuple autochtone Enya ne nous a jamais clairement expliqué la véritable cause », affirme-t-il.
Sur le site, les pêcheurs partagent la même inquiétude. Musa Balabala, gérant des pêcheries, évoque plusieurs facteurs :
« Il y a une forte croissance démographique et un non-respect des règles coutumières par certains jeunes. Plusieurs espèces ont disparu, et nos nasses ne produisent plus comme auparavant. La diminution des poissons est vraiment massive. »
Le regard scientifique
Du côté académique, le professeur Musalizi Mwarabu Roger, directeur de l’École de Pêche et d’Aquaculture de l’Université de Kisangani, apporte un éclairage plus global.
« Les chutes Wagenia ne sont pas un lieu de reproduction, mais plutôt un corridor de migration des poissons. La rareté s’explique par la pression de la pêche excessive sans repos biologique, la perturbation de la biodiversité et la modification des conditions hydrologiques du Fleuve Congo », explique-t-il.
Il insiste également sur l’impact environnemental :
« Les déchets plastiques, les hydrocarbures et certaines activités minières urbaines affectent la survie des espèces et leur capacité à migrer. »
À cela s’ajoutent des pratiques destructrices : capture des fretins et des alevins, usage de matériels inadaptés, voire de produits hydrotoxiques. Le changement climatique, qu’il qualifie de « changement écologique global du fleuve Congo », contribue également à la baisse de la biodiversité, non seulement aux chutes Wagenia, mais sur l’ensemble du bassin.
Conséquences économiques et nutritionnelles
Au marché central de Kisangani, les effets sont visibles. Le kilogramme de poisson frais se vend désormais autour de 25 000 francs congolais, soit environ 11 dollars américains.
« Le poisson est devenu très cher parce que les chutes Wagenia ne produisent plus comme avant. Ceux que nous vendons viennent désormais de Wanyarukula, Bak Lundi et d’autres chutes », témoigne une vendeuse.
Le nutritionniste François Lusamaki, chef de travaux à la Faculté de médecine de l’Université de Kisangani, rappelle l’importance de cette ressource :
« Le poisson joue un rôle capital dans l’organisme humain. Il constitue une source essentielle de protéines, d’acides gras et de micronutriments indispensables à la santé. »
Quelle réponse des autorités ?
À l’Inspection provinciale de la pêche et de l’élevage, Constat Mayolo, chef de bureau de la production animale et du développement de l’élevage, pointe également la pression humaine.
« La croissance démographique augmente la demande. Certains pêcheurs utilisent des matériels prohibés, comme les moustiquaires, qui capturent tous les stades de poissons, y compris les alevins », déplore-t-il.
Il regrette aussi la disparition des anciennes zones de frai autrefois protégées, aujourd’hui exploitées. Pour lui, la solution passe par le renforcement de la sensibilisation, l’application stricte des lois et le respect des règlements établis par l’État.
Entre explications coutumières, analyses scientifiques et réalités économiques, la situation des chutes Wagenia illustre un défi majeur : préserver un patrimoine culturel et naturel unique tout en garantissant la sécurité alimentaire des populations riveraines.
Judith Basubi, Journaliste defender environnemental.

