Bois d’œuvre artisanal axe Banalia-Kisangani : CT Ir Dep’s Boumo Lisagola met en lumière les enjeux d’une filière sous pression

Bois d’œuvre artisanal axe Banalia-Kisangani : CT Ir Dep’s Boumo Lisagola met en lumière les enjeux d’une filière sous pression

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Kisangani, 22 août 2026. — Entre activité économique, création de revenus et pression croissante sur les ressources forestières, la chaîne de valeur du bois d’œuvre artisanal sur l’axe Banalia-Kisangani présente une réalité contrastée. C’est ce que met en évidence une étude menée par le C.T. Ir. Dep’s Boumo Lisagola, dit « Coach Mental », dans le cadre de son mémoire de Diplôme d’études spécialisées (D.E.S.), sanctionné par une mention Distinction.

Intitulée « Analyse des performances organisationnelles, économiques, sociales et environnementales de la chaîne de valeur de bois d’œuvre artisanal sur l’axe Banalia-Kisangani », cette recherche s’est penchée sur une filière qui joue un rôle important dans l’approvisionnement du marché urbain de Kisangani et dans la génération de revenus au sein des communautés locales.

Réalisée d’avril 2025 à juin 2026 dans la province de la Tshopo, l’étude a porté sur les principaux acteurs intervenant dans la chaîne de valeur : exploitants artisanaux, transporteurs, commerçants, communautés locales et services de l’administration forestière. À travers une approche combinant données quantitatives et qualitatives, le chercheur a cherché à comprendre non seulement le fonctionnement de la filière, mais également la manière dont la valeur y est créée et répartie.

Une filière qui crée de la valeur, mais avec des déséquilibres

L’un des enseignements majeurs de l’étude réside dans le constat d’une chaîne de valeur qui génère effectivement des revenus, mais dont les bénéfices ne sont pas répartis de manière équitable entre les différents maillons.

Les exploitants artisanaux assument une part importante des coûts liés à la production, alors que certains acteurs situés en aval de la chaîne, particulièrement les commerçants, enregistrent des marges plus importantes. La marge brute moyenne des commerçants est ainsi estimée à 70,3 dollars américains par unité, soit un taux de marge de 25,5 %.

Cette situation traduit, selon l’étude, un déséquilibre dans la captation de la valeur et pose la question de l’amélioration des mécanismes de gouvernance et de négociation entre les différents acteurs.

Une organisation encore fragile

La recherche révèle également que la chaîne de valeur demeure faiblement structurée. Malgré la complémentarité entre les différents acteurs, les initiatives individuelles occupent une place prépondérante, tandis que la formalisation et la coordination restent limitées.

Cette faible structuration constitue un frein à l’amélioration des performances de la filière et à la mise en place de mécanismes permettant aux exploitants de mieux défendre leurs intérêts, d’améliorer leur accès au marché et de bénéficier davantage de la valeur créée.

Pour Dep’s Boumo Lisagola, l’organisation des exploitants en structures professionnelles ou en coopératives apparaît ainsi comme l’une des pistes susceptibles de contribuer à une meilleure gouvernance de la chaîne.

Des retombées sociales réelles, mais encore limitées

Sur le plan social, l’exploitation artisanale du bois contribue à l’amélioration des revenus des communautés locales. Elle constitue donc une source d’activités économiques dans les zones concernées.

Cependant, les résultats montrent que cette contribution ne se traduit pas encore suffisamment par la création d’emplois durables ni par une amélioration significative de la cohésion sociale. Des conflits liés à l’accès et à l’exploitation des ressources forestières continuent notamment de constituer un défi.

L’étude invite ainsi à dépasser la seule dimension économique de l’exploitation artisanale pour intégrer davantage les enjeux sociaux liés au partage des ressources et aux relations entre les différents acteurs.

La question environnementale au cœur des préoccupations

L’un des constats les plus préoccupants concerne la pression exercée sur les ressources forestières. La diminution de la disponibilité de certaines essences exploitées et l’insuffisance des initiatives de reboisement témoignent des limites des pratiques actuelles.

La recherche souligne ainsi un paradoxe : une activité économiquement utile à court terme peut fragiliser les ressources dont dépend sa pérennité à long terme.

L’absence de mécanismes suffisamment efficaces de restauration des ressources forestières constitue dès lors un enjeu majeur pour l’avenir de cette filière.

Vers une gestion plus durable de la chaîne de valeur

Au terme de l’analyse, l’étude conclut que la chaîne de valeur du bois d’œuvre artisanal entre Banalia et Kisangani représente un potentiel important pour le développement économique local et l’approvisionnement du marché urbain.

Mais ce potentiel reste compromis par plusieurs faiblesses : insuffisances organisationnelles, gouvernance limitée, répartition inégale de la valeur, conflits sociaux et faibles pratiques de restauration forestière.

Face à ces défis, la recherche recommande notamment le renforcement de la formalisation des acteurs, l’amélioration de la gouvernance, la structuration des exploitants en organisations ou coopératives, une répartition plus équitable de la valeur créée ainsi que la promotion de pratiques d’exploitation compatibles avec la gestion durable des ressources forestières.

Au-delà de la mention Distinction qui a sanctionné le travail, cette étude ouvre surtout un débat sur l’avenir d’une activité située à la croisée de trois impératifs : produire, faire vivre les communautés et préserver la forêt.

Avec cette recherche, Dep’s Boumo Lisagola entend poursuivre son parcours scientifique. Après l’analyse de la chaîne de valeur du bois artisanal à Banalia-Kisangani, le regard se tourne désormais vers une nouvelle étape : approfondir la recherche et préparer le cap doctoral envisagé pour 2028.

L’enjeu dépasse ainsi le seul parcours académique : il s’agit de transformer les résultats de la recherche en connaissances susceptibles d’éclairer les décisions et de contribuer à une gestion plus durable des ressources forestières en République démocratique du Congo.


La Rédaction 

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