Sur la place du Canon, un cercle s’est formé. Autorités politico‑administratives, citoyens et figures de la société civile se sont réunis dans un même geste symbolique. Dans leurs mains, les signes de résistance et de mémoire : affiches, drapelets de la RDC et bougies allumées.
Dans ce décor, Henry Kasongo, figure de la société civile, a pris la parole. Son récit a ramené l’assemblée aux premiers jours de la guerre, en juin 2000.
Il se souvenait de son enfance sur la 16ᵉ avenue Tshopo : " J’habitais la 16ᵉ avenue Tshopo. J’étais en sixième année primaire. Le 5 juin, un jour avant mon anniversaire, ma petite sœur m’a confié qu'elle avait eu un cauchemar dans lequel elle courait. Sur ce elle refusa les chaussures, ne gardant que des babouches. A-t-il dit
Puis ils partirent à l’école. À 9h45, avant la récréation, la première bombe était tombée.
Les enseignants, prudents, les avaient laissé les rentrer chez eux. Henry vivait juste en face de l’école Ndolenge. Mais la guerre s’installait.
Les Ougandais conseillaient aux habitants de traverser la rive droite. Son père refusait, il pensait que la guerre n'allait pas durer.
Les jours suivants, la tension s’était aggravée. Les familles fuyaient, mais la sienne restait, avec moins de cinq foyers sur l’avenue.
Le vendredi, des soldats rwandais étaient venus demander du feu. Sa mère, vigilante, avait refusé, craignant que cela devienne une habitude. À l’époque, les soldats Rwandais emmenaient de force les garçons. Henry et ses frères et sœurs avaient été épargnés grâce à la prudence de leur mère.
Puis, le dimanche, le calme était revenu. La guerre des six jours s’achevait, laissant derrière elle des souvenirs indélébiles. Pour Henry Kasongo, comme pour Kisangani, cette guerre reste une cicatrice, mais aussi un appel à ne jamais laisser l’histoire se répéter.
Elie Lenge

