Kisangani, le 14 octobre 2025 — La crise sécuritaire dans la province de la Tshopo atteint un nouveau sommet, impactant directement l'accès aux soins de santé. Face à la multiplication des actes de violence contre le personnel soignant, le Conseil provincial de l'Ordre des médecins (CPOM) de la Tshopo a pris une décision radicale : la suspension de toute mission médicale dans les localités d'Ilambi et de Yafira jusqu'à nouvel ordre.
L'annonce, faite par le Dr. Patrick Buname, président du Conseil, lors d'un point de presse à Kisangani, souligne que l'exercice de la médecine dans ces zones est devenu « un véritable risque de mort » pour les professionnels de santé.
Deux localités isolées jusqu'à garanties
Selon le Dr. Buname, « Aucun médecin ne pourra se rendre dans ces deux localités tant que nous n'avons pas des garanties suffisantes sur leur sécurité ».
Cette mesure conservatoire impose désormais des conditions strictes à toute intervention médicale :
• La présence d'agents locaux pour accompagner les médecins.
• La garantie préalable de leur sécurité par les autorités compétentes.
En l'absence de ces deux conditions fondamentales, « aucune visite ne sera autorisée », a-t-il affirmé.
Un drame à Isangi comme déclencheur
Cette décision fait suite aux résolutions d'une assemblée générale extraordinaire convoquée d'urgence après le drame survenu à Isangi, le 6 octobre dernier.
Quatre agents de santé en mission ont été violemment pris à partie par la population, victimes de rumeurs infondées d'« atrophie ou disparition de sexe ». Deux d'entre eux ont été lynchés et brûlés vifs. Les deux autres ont subi le même sort avant que leurs corps ne soient jetés dans la rivière Lomami. Cet acte de barbarie a profondément traumatisé la communauté médicale, exposant la vulnérabilité du personnel soignant en milieu rural, souvent livré à la vindicte populaire.
Appel à la protection du personnel de santé
Le Conseil provincial de l'Ordre des médecins a lancé un appel pressant aux autorités politico-administratives et sécuritaires. Il leur est demandé de prendre toutes les dispositions nécessaires pour garantir la protection des prestataires de santé et prévenir de nouvelles atrocités.
En conclusion de son allocution, le Dr. Patrick Buname a martelé : « Nos médecins servent la vie, pas la mort. Ils méritent respect et sécurité dans l'exercice de leur noble mission. »
En attendant que les autorités de la Tshopo puissent offrir un environnement de travail sécurisé, les populations d’Ilambi et de Yafira devront se passer des services d'un médecin pour une durée indéterminée.

