En République démocratique du Congo, le changement climatique et l’insécurité alimentaire influencent profondément le quotidien des populations. Dans l’Est du pays, marqué par des conflits armés depuis plusieurs décennies, des mécanismes de résilience se développent progressivement pour faire face à ces défis.
C’est le cas de la startup Bio Plants Kivu, qui a mis en place des pépinières produisant des plantules de légumes et d’autres cultures agricoles, afin de lutter à la fois contre l’insécurité alimentaire et le réchauffement climatique.
Dans la ville commerciale de Butembo, les légumes deviennent de plus en plus rares sur le marché. La faible quantité disponible est devenue trop coûteuse. C’est le cas du tas de sombé (feuilles de manioc) qui, jadis, se vendait entre 1 000 et 2 000 francs et se négocie actuellement entre 4 000 et 5 000 francs, voire plus selon les points de vente. Il en va de même pour d’autres denrées alimentaires comme la pomme de terre, l’oignon, l’ail, le riz, le haricot et le café.
Cette ville, située à 300 km de Goma dans le Grand Nord-Kivu, héberge près de 2 millions d’habitants. Elle est pourtant entourée de groupes armés d’autodéfense, qui entravent généralement l'accès aux champs.
Sur plusieurs routes, des barrières sont érigées et les agriculteurs sont taxés à des prix exorbitants. Par ailleurs, de nombreux habitants ont déjà fui leurs champs dans les territoires de Lubero et Beni, suite à l’activisme des rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) et du Mouvement du 23 mars (M23).
Ainsi, de nombreuses populations se sont concentrées à Butembo. Dans cette contrée du Kivu, on observe parallèlement une dégradation des sols, une instabilité climatique et un accès limité aux intrants de qualité, ce qui freine la productivité agricole, et ce, en dépit de l’existence de plantations dans cette partie du pays.
La startup pour une relève agricole et climatique
BioPlants Kivu est une startup "agri-climat" qui s’est lancée, dans ce contexte, depuis 2020. Elle met en place des stratégies pour renforcer la résilience climatique et la sécurité alimentaire dans la région du Kivu.
Chapeautée par le pépiniériste Kambale Kakurusi, elle est située dans le quartier Mukuna (commune de Bulengera) à Butembo. Son responsable indique que l’objectif est de subvenir aux besoins des habitants en termes de plantules et de semences en milieu urbain.
Le responsable de BioPlants Kivu intervient dans la sensibilisation des populations sur les avantages des jardins urbains à Butembo pour la production de légumes, de fruits, de plantes médicinales ou ornementales, en utilisant des techniques simples adaptées au climat local.
Selon lui, l’organisation d’un jardin doit tenir compte de l’espace disponible, de la qualité du sol et des besoins alimentaires des habitants pour combler les carences.
« Pour réussir, il est essentiel de choisir des cultures adaptées, comme l’aubergine, le chou, le poivron, la tomate ou l’amarante, qui poussent rapidement et offrent de bons rendements, même sur de petites surfaces. L’utilisation de plantules de qualité, provenant de pépinières locales comme Bio Plants Kivu, garantit une croissance saine et fiable pour lutter contre la carence en denrées alimentaires », explique-t-il.
Parmi les techniques utilisées dans des parcelles entièrement pavées, cette startup propose la culture hors-sol à domicile. Elle conseille l’usage de sacs, de pneus usés ou d’autres récipients. Une technique qui a aidé les habitants ayant suivi les conseils de l’équipe.
« Personnellement, ma parcelle n’a pas d’espace pour un jardin, mais les plantules récupérées chez BioPlants Kivu et leurs conseils m’ont beaucoup aidée. Aujourd’hui, je cultive dans des sacs des amarantes, des pommes de terre, des patates douces et des courges. Je n’ai pas de champ, mais cela m’aide beaucoup ; je ne manque plus de légumes », témoigne Kahindo Jeanne.
Suivi des plantes proposées
Sollicitée par des agriculteurs locaux, cette pépinière fournit, pour l’exploitation agricole, des plantules agroforestières afin de lutter contre le réchauffement et faire face aux catastrophes naturelles.
Parmi les essences forestières, l’eucalyptus est actuellement la plus recherchée en raison de sa croissance rapide et de sa polyvalence. Le cedrela, le Markhamia, le Grevillea ou le Maesopsis, souvent associés aux plantations de café et de cacao, sont aussi proposés.
« Mes fraisiers ont donné des récoltes généreuses tout au long de la saison. Je suis impressionné par la vigueur des plants. Grâce aux conseils de l’équipe, j’ai également réussi la plantation de mon eucalyptus. Cet arbre est devenu un véritable atout économique pour moi », témoignent certains agriculteurs.
Le responsable, Kambale Kakurusi, note que, pour assurer la réussite des plantations, il propose, à la demande des clients, un accompagnement technique complet, incluant un suivi direct sur le terrain assuré par ses techniciens.
La pépinière encadre également une dizaine de jeunes pour soutenir l’entrepreneuriat local. Le recrutement cible des jeunes capables de participer à la livraison et à la distribution.
De 2020 à 2025, Bio Plants Kivu a vendu 1 075 000 plantules, accompagné 6 850 ménages d’agriculteurs et encadré 875 jeunes stagiaires. Bio Plants Kivu est en pleins travaux d’aménagée des pépinières dans plusieurs villes et agglomérations de l’Est de la RDC, particulièrement au Kivu.
Glodi Mirembe

